Publié le 17 avril 2026 · Mis à jour le 17 avril 2026

Coopération éducative France-Madagascar

Par Hery T. — ancien boursier du gouvernement français, arrivé à Paris en 2008 pour un master en génie civil.

La France et Madagascar ont une relation éducative qui remonte à l'époque coloniale — mais ce qui se passe aujourd'hui est différent. On est passé d'un modèle unilatéral (la France forme, Madagascar reçoit) à quelque chose de plus complexe. Il y a des partenariats universitaires, des programmes de recherche conjoints, des innovations pédagogiques qui circulent dans les deux sens. C'est pas parfait — parfois c'est même franchement bancal. Mais ça bouge.

Les lycées français à Madagascar

Le Lycée français de Tananarive (LFT) — officiellement Lycée français René-Descartes — est le plus grand établissement français hors de France, avec plus de 3 000 élèves. C'est un monstre. Il suit le programme de l'Éducation nationale française, prépare au baccalauréat français, et envoie chaque année des dizaines de bacheliers vers les universités françaises.

Il y a aussi le Lycée français de Majunga (Collège français) et le Lycée français de Diego Suarez. Au total, le réseau AEFE à Madagascar scolarise environ 5 000 élèves — Malgaches, Français, et binationaux confondus.

Le problème, c'est le coût. Les frais de scolarité au LFT tournent autour de 2 000 à 4 000 euros par an — une somme considérable pour une famille malgache dont le revenu moyen est de 400 euros par an. Le réseau français à Madagascar est donc, de fait, un réseau pour les élites et les expatriés. C'est un constat, pas un jugement.

Les bourses — comment ça marche

J'ai été boursier. En 2008, j'ai obtenu une bourse du gouvernement français via Campus France et le SCAC (Service de coopération et d'action culturelle) de l'Ambassade de France à Antananarivo. La bourse couvrait les frais de vie — environ 615 euros par mois à l'époque — mais pas le billet d'avion ni l'assurance. C'est mieux que rien, mais ce n'est pas le tapis rouge non plus.

Aujourd'hui, les bourses pour Madagascar passent principalement par Campus France Madagascar. Il y a les bourses du gouvernement français (BGF), les bourses Eiffel pour les masters d'excellence, et les bourses de l'ambassade de France à Tana. Le processus est compétitif — pour 200 candidatures, il y a 15 à 20 bourses. Les dossiers se déposent en novembre-décembre pour une rentrée en septembre.

Pour les étudiants malgaches déjà en France qui souhaitent prolonger leurs études, le visa long séjour étudiant est la piste à suivre. L'Ambassade de Madagascar à Paris ne délivre pas de bourses — c'est l'Ambassade de France à Tana qui gère.

Les partenariats universitaires

L'Université d'Antananarivo a des conventions avec plusieurs universités françaises — Paris-Saclay, Bordeaux, Strasbourg, Montpellier. Les domaines de prédilection : médecine tropicale, biodiversité, sciences de l'environnement, géologie. Madagascar est un laboratoire naturel unique — 90% d'endémisme faunique et floristique — et les chercheurs français le savent depuis longtemps.

L'IRD (Institut de recherche pour le développement) maintient une présence permanente à Madagascar avec une dizaine de projets actifs. Le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique) travaille sur l'agriculture durable, le riz, la vanille. L'Institut Pasteur de Madagascar — fondé en 1898, c'est l'un des plus anciens du réseau — fait de la recherche en épidémiologie et en santé publique.

Ces partenariats ne sont pas que des accords sur papier. Ils produisent des thèses co-dirigées, des publications conjointes, des brevets. Ils forment aussi la prochaine génération de chercheurs malgaches — dont une bonne partie finit par rester en France, ce qui pose la question du brain drain.

Innovation pédagogique — ce qui change

Le domaine qui bouge le plus, c'est l'innovation éducative. La numérisation de l'enseignement, accélérée par le Covid, a ouvert des possibilités que personne n'avait anticipées. Des plateformes de formation à distance permettent aujourd'hui à un étudiant à Fianarantsoa de suivre un cours de l'Université de Bordeaux sans quitter sa ville.

Des laboratoires de recherche en France travaillent sur des approches pédagogiques adaptées aux contextes francophones en développement — comment enseigner efficacement avec peu de moyens, comment former des enseignants à distance, comment évaluer des compétences sans infrastructure numérique fiable. C'est un champ de recherche en pleine expansion, et des ressources intéressantes émergent de laboratoires spécialisés en innovation éducative et en pédagogie numérique appliquée aux contextes francophones.

Le défi reste la connectivité. Madagascar a un taux de pénétration internet d'environ 20%. En dehors des grandes villes, le réseau est inexistant ou instable. La formation à distance ne fonctionne que si l'étudiant peut se connecter — et ce n'est pas acquis.

Ce que l'Ambassade de Madagascar fait ici

L'Ambassade à Paris n'est pas un organisme de formation. Son rôle dans la coopération éducative est indirect mais réel : elle délivre les visas aux étudiants français qui partent faire de la recherche à Madagascar, elle authentifie et légalise les diplômes malgaches pour qu'ils soient reconnus en France, elle délivre les certificats de coutume nécessaires aux procédures administratives universitaires.

Pour les étudiants malgaches en France, l'Ambassade est le point de contact pour le renouvellement du passeport — un document dont la validité conditionne le titre de séjour. Un passeport expiré = un titre de séjour en suspens = plus de bourse, plus de logement CROUS, plus rien. C'est pour ça que le délai de 8 à 12 semaines du passeport est un sujet si sensible pour la communauté étudiante.

Article par Hery T. · Publié le 17 avril 2026. Sources : Campus France, AEFE, IRD, CIRAD, Institut Pasteur de Madagascar.